Les grandes orgues de la Basilique Saint-Epvre
Basilique Saint-Epvre Patrimoine · Musique sacrée

Les Grandes
Orgues

Merklin-Schütze, 1867 — Médaille d'or, Exposition universelle de Paris

Descendre

Chef-d'œuvre de la facture d'orgue romantique-symphonique, le grand orgue de la Basilique Saint-Epvre résonne depuis 1869 sous les voûtes de la nef. Construit par Joseph Merklin pour l'Exposition universelle de Paris, il fut inauguré par Anton Bruckner lui-même.

01

L'orgue avant
la basilique

Avant la construction de la nouvelle basilique Saint-Epvre au XIXᵉ siècle, l'ancienne église paroissiale possédait déjà un orgue mentionné dès le XVIᵉ siècle. Cet instrument ancien fut démonté lors de la démolition de l'édifice : ses tuyaux furent revendus pour l'église de Dannelbourg. Aucune trace directe de ce premier orgue n'a traversé le temps, mais on sait qu'un orgue du XVIIIᵉ siècle avait été établi dans l'ancienne église.

02

Commande et
construction (1867)

Pour la nouvelle église en construction, Mgr Joseph Trouillet passa commande d'un instrument neuf auprès de la maison Merklin-Schütze de Paris. Il acquit l'orgue présenté par Joseph Merklin à l'Exposition universelle de Paris en 1867.

Cet instrument remporta la Médaille d'or de l'Exposition de 1867, valut à Merklin la croix de la Légion d'honneur et de nombreuses louanges de la presse musicale. Le journal La Meurthe estime son prix à près de 80 000 francs-or.

Livré et installé en Lorraine peu après, le grand orgue de Saint-Epvre fut à la pointe du progrès de la facture d'orgue de son temps.

Vue sur le grand orgue de la Basilique Saint-Epvre

Vue sur le grand orgue Merklin-Schütze (1867) — tribune occidentale de la basilique.

03

Inauguration solennelle
(avril 1869)

La mise en place de l'orgue sur la tribune fut suivie d'une inauguration solennelle. Deux grands concerts furent organisés les 28 et 29 avril 1869 pour dédier l'instrument.

L'Autrichien Anton Bruckner — alors âgé de 44 ans, surnommé « le ménestrel de Dieu » par Franz Liszt, et organiste à la cour de François-Joseph — y fut invité comme artiste vedette. Choisi par l'empereur d'Autriche pour représenter son pays, Bruckner joua lors de ces concerts inauguraux.

Les journaux locaux relatèrent qu'il éblouit le public par son jeu improvisé, ce qui assura au nouvel orgue une renommée immédiate en France et en Europe.
04

Caractéristiques
techniques

Le grand orgue de Saint-Epvre compte 44 jeux répartis sur trois claviers manuels et un pédalier indépendant.

Clavier Notes Nombre de jeux
Positif56 notes (C–g³)10 jeux
Grand-Orgue56 notes (C–g³)15 jeux
Récit expressif56 notes (C–g³)10 jeux
Pédalier27 notes (C–d¹)9 jeux
Total44 jeux

La console, de style néo-gothique, est indépendante. Le buffet d'orgue, dessiné par l'architecte Prosper Morey, adopte le style néo-gothique flamboyant de la basilique. La transmission est entièrement mécanique suspendue, assistée d'une machine Barker — dispositif pneumatique breveté en 1839 — pour alléger le toucher.

Zoom sur le clavier de l'orgue de chœur

Clavier de l'orgue de chœur

Zoom sur le grand orgue Merklin-Schütze

Détail du grand orgue Merklin-Schütze

05

Style romantique-
symphonique & innovations

Construit au milieu du XIXᵉ siècle, le grand orgue de Saint-Epvre illustre pleinement l'esthétique romantique-symphonique française. Les instruments dits « symphoniques » de cette époque cherchent à élargir la palette sonore afin d'imiter l'orchestre : les jeux de fonds deviennent plus larges et plus puissants, les anches gagnent en ampleur, et l'on développe des dispositifs permettant de multiplier les combinaisons de registres.

L'instrument se distingue par plusieurs avancées décisives :

  • Soufflerie à trois pressions différentes et indépendantes : 10 cm pour les jeux de fond, 12 cm pour les jeux d'anches et de mutation, 14 cm pour les appareils pneumatiques.
  • Mécanisme de transmission construit principalement en fer et en cuivre, au lieu du bois traditionnel.
  • Application du levier pneumatique complet, couplée à une série de soufflets pneumatiques propres à chaque sommier.
  • Pédales de combinaisons classées en quatre groupes distincts.
  • Système de pédale de Forte général, permettant d'ouvrir ou fermer instantanément tous les jeux de combinaisons.

Le Récit expressif est enfermé dans une boîte expressive qui autorise de véritables effets de crescendo et decrescendo. L'instrument répond ainsi aux critères de l'orgue romantique : ampleur orchestrale, richesse des timbres, contrastes dynamiques et souplesse d'exécution.

06

L'orgue de chœur

Pour compléter le grand orgue, Mgr Trouillet commanda un orgue de chœur à la même manufacture parisienne. Il était en place en 1872, date à partir de laquelle il fut assuré pour une valeur de 10 000 francs.

Le meuble est entièrement confectionné en chêne verni. Les tuyaux de façade, en étain, avec écussons rapportés et relevés en ogive, sont répartis sur trois côtés de l'orgue, le dernier côté coïncidant avec la face arrière du maître-autel.

L'orgue de chœur n'a subi qu'une seule transformation vers 1911 par Kühn. Bien plus tard, dans les années 90 alors qu'il venait d'être classé monument historique, la tuyauterie fut très endommagée par un clochard réfugié dans l'instrument. L'instrument sera restauré en 2009, retrouvant son fonctionnement d'origine.

ClavierJeux
Grand-Orgue (56 notes)Bourdon 16', Montre 8', Bourdon 8', Salicional 8', Prestant 4', Trompette 8'
Récit expressif (44 notes)Bourdon harmonique 8', Flûte harmonique 4', Basson-Hautbois 8'
Pédale (27 notes)Soubasse 16'
07

Titulaires
de l'orgue

Liste des organistes titulaires de la tribune depuis l'inauguration de l'instrument :

  • Auguste Rigaux — années 1860
  • Auguste Joly — années 1860
  • Auguste Kling (1854–1919) — ca 1870–1919
  • Édouard Claude (d. 1960) — 1919–1960
  • Hubert Renard — 1960–1961
  • Monique Vallin — 1961–ca 1970
  • René Depoutot — ca 1970–1978
  • Jean Bizot — 1978–1988
  • Nathalie Dassi — 1988–

Organiste de chœur / maître de chapelle :
Joseph Gérard Alphonse Claude (1887–1928)

08

Extraits de journaux
(1867–1872)

« Nous sommes allés visiter au Champ-de-Mars le grand orgue destiné à l'église Saint-Epvre de Nancy. Les perfectionnements ingénieux qui le tirent de pair ont valu à M. Merklin la Légion d'honneur. » Le Constitutionnel, Paris — 5 août 1867
« Le jury a particulièrement distingué le grand orgue destiné à l'église Saint-Epvre, de Nancy, tant à cause de son importance au point de vue de la puissance sonore que du mérite de conception et d'exécution de ses différentes parties. » La France musicale, Paris — 5 janvier 1868
« Le grand orgue qui a été couronné à l'exposition de 1867 vient d'être installé dans la nouvelle et magnifique église de Saint-Epvre, à Nancy, qui s'achève grâce au zèle et au dévouement de son curé, M. l'abbé Trouillet. » Le Ménestrel, Paris — 10 avril 1869
« Le grand orgue est installé. Cet instrument, sorti des fabriques de M. Merklin-Schütze, est le même qui a figuré à l'exposition universelle de 1867, et pour lequel M. Merklin a obtenu une grande médaille d'or et la décoration de la Légion d'honneur. » L'Univers, Paris — 23 avril 1869
« La commission d'expertise a constaté en termes élogieux que cet orgue réunit toutes les qualités et ressources d'un excellent instrument et répond parfaitement à son but. » Le Ménestrel, Paris — 10 mars 1872 (à propos de l'orgue de chœur)
Saint-Epvre Nancy · Lorraine · France