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Les derniers jours de Mgr Trouillet
La Meurthe · Mars 1887
La santé de M. Trouillet
Nous n'avions pas cru devoir, par égard pour la santé même de Mgr Trouillet, mentionner hier une indisposition dont l'éminent curé souffre depuis samedi et qui le contraint à garder le lit. Mgr Trouillet avait ressenti les premières atteintes de cette indisposition samedi soir. Une crise plus vive l'avait obligé pendant le sermon de dimanche matin à quitter l'église. Son énergie aidant, il avait pu toutefois revenir presque immédiatement du presbytère à Saint-Epvre pour assister à la dernière partie de la messe et sa présence avait heureusement rassuré ses paroissiens.
Une note parue hier matin dans deux journaux de Nancy a occasionné pendant toute la journée d'hier de nombreuses démarches de Nancéiens venus de tous les points de la ville pour témoigner de leur sollicitude au malade. La consultation qui a eu lieu hier, à cinq heures, n'a point révélé d'aggravation sensible dans l'état de Mgr Trouillet, qui a passé une nuit calme et dont la tranquillité d'esprit est entière. Il est permis d'augurer qu'un repos absolu de quelques jours viendra rendre au malade ses forces précieuses.
La Meurthe, 16 mars 1887.
Mercredi à jeudi
Mgr Trouillet a bien reposé pendant la nuit de mercredi à jeudi. Malheureusement, ce profond sommeil est une preuve d'un très grand état de faiblesse. Mercredi soir, trois médecins se sont réunis en consultation au presbytère de Saint-Epvre et leur avis est que la situation du vénérable curé, âgé aujourd'hui de 78 ans, est désespérée.
À la suite de cette consultation, quelques amis intimes de Mgr Trouillet lui ont laissé entrevoir la gravité de son état. À ce moment, le vaillant curé parlait de se lever le lendemain matin pour aller dire sa messe. C'est avec la plus grande résignation qu'il a appris cette nouvelle, déclarant qu'il était prêt à paraître devant Dieu. Quelques instants après, son confesseur habituel lui administrait les derniers sacrements.
Jusqu'à une heure avancée de la nuit, une quantité innombrable de visiteurs se sont succédé au presbytère. Toutes les classes de la société se trouvaient réunies à la porte et dans la petite cour du presbytère.
Jeudi à vendredi
La nuit de jeudi à vendredi a été bonne. Les médecins ont déclaré jeudi soir que les poumons étaient dégagés, qu'il y avait un mieux relatif et que, si ce mieux persiste ce matin, le rétablissement du malade est fort possible. Quant à Mgr Trouillet, il continue à s'occuper, au grand désespoir de ceux qui l'entourent, de sa basilique et de ses messes.
Vendredi à samedi
La nuit de vendredi à samedi a été mauvaise. La paralysie est stationnaire et les poumons ont une tendance à se rengorger. Un hoquet convulsif n'a pas quitté le malade de toute la nuit. Mgr Trouillet conserve toute sa lucidité d'esprit ; toutefois, sa parole est moins nette et, à certains moments, on a peine à le comprendre. À plusieurs reprises, le vénérable curé a déclaré de la façon la plus résignée qu'il sentait bien qu'il allait mourir.
Amélioration
Une amélioration très sensible s'est produite dans la santé de Mgr Trouillet. Les trois médecins qui procèdent à l'examen des symptômes ont été unanimes à constater de très heureux progrès, et ont même permis que, dans la journée, on transporte le malade sur une chaise longue. Son visage a repris son aspect normal. La fièvre a cessé. Le hoquet nerveux a entièrement disparu. Le malade n'a d'autre préoccupation que de reprendre promptement toutes ses fonctions paroissiales.
Nous avons nous-mêmes assisté au plaisir que l'avis des médecins a causé au frère du malade, M. Jacob Trouillet, un vénérable vieillard de 80 ans, accouru de Lunéville en apprenant la crise que traversait son frère.
Mardi 15, 3 heures de l'après-midi
Le mieux n'a pas persisté. Le hoquet a reparu et certaines idées fixes, notamment celle de se lever, le tourmentent. La nuit de mardi à mercredi a été très agitée. La parole devient tout à fait difficile. Des sangsues ont été posées hier à la nuque du malade, qui conserve en général toute sa lucidité, mais qui délire fréquemment.